2004 : Récit d'un Noël pas comme les autres


Etudiants, certains profitent de leurs nombreux congés pour voyager, découvrir le Monde. Cela, j'aurai bien aimé le faire. Mais, mon instinct me dictait plus de profiter de ce temps pour m'occuper des autres, m'enrichir par leurs différences, et par ailleurs, il faut le préciser, gagner un peu de sous pour participer au financement de mes études. Car, effectivement, si j'acceptais cela et je serais honnête là-dessus, c'est bien que j'avais une petite contrepartie financière qui me permettais de subvenir à mes besoins d'étudiante de l'époque. 

Ce séjour, j'y étais responsable ainsi que de ma quarantaine d'handicapés dont on m'avait confié la charge et leurs vacances de Noël. J'avais pour m'assister, m'aider, une équipe d'animateurs de 4 personnes recrutés par mes soins. Une fine équipe qui m'aura été d'une grande efficacité dans cette fonction que j'assumais pour la première fois. 

Alors Responsable de séjour, j'avais un rôle à tenir, des responsabilités à assumer... mais je ne pouvais pas tout dire pour le bien et l'ambiance du Groupe. Par conséquent, je tenais tous les soirs un petit carnet de bords, comme le carnet de route d'un voyageur qui part vers l'inconnu. Ce travail m'était indispensable pour évacuer le stress de certaines journées parfois un peu rudes, mais alors combien enrichissantes. Un sacré recul sur notre condition d'Hommes et de Femmes. 


Les noms réels et références à des lieux, personnes etc… ont été remplacés par des noms factices de façon à garder l’anonymat et de ne pas porter atteinte à l’intégrité des personnes. 

24 décembre

- Installation: R. A. S.

- Vérification des piluliers et pochettes noires à la pharmacie, comme convenu et selon le RV fixé au préalable.

- Episode Sandra : elle nous teste ; voir jusqu’où et comment nous tenons tête ; passé le repas du soir, elle grimpe se coucher, comme elle en aura l’habitude de faire tout le séjour durant ; Sandra, qui vient d’un HP, suit un traitement psychiatrique lourd à toutes les étapes de la journée : matin, midi, soir et coucher. De fait, quand nous nous apercevons de son absence à la veillée, nous lui apportons ses cachets, et là, « c’est le drame ! » ; alors qu’elle avait passé avec enthousiasme le cap du dîner « amélioré » et des cadeaux de noël, le sourire inscrit sur son visage, au coucher, elle refuse ses cachets malgré notre insistance (du début de séjour)… insultes, agressivité… nous avons le droit à tout !

Premier contact avec l’organisation, l’association qui nous chapote. Ils me disent d’appeler le SAMU ; ce que je fis, bien que cela n’ait rien changé puisqu’il « m’envoie gentiment sur les roses » : résultat, Sandra n’a pas pris ses médicaments du coucher ! (il est cependant à souligner que seul ses piluliers faisaient état de ces médicaments du coucher, pourtant préparé ainsi jusqu’à la fin du séjour : aucune ordonnance, et par conséquent, impossibilité pour le médecin du SAMU de définir l’importance de la prise du coucher)

- Episode de Nathan : crise « d’angoisse » ; plaintes à répétition pour des maux… Il y a fort à parier que Nathan souhaite que l’on s’occupe de lui ! Dans le doute cependant, je prends contact avec le Médecin, qui se déplacera et l’examinera… il le rassure ; enfin, tente de… il n’y a pas grand-chose à faire me dit-il ; Nathan a besoin que l’on s’occupe de lui, il montre de l’anxiété constante, et lui prescrit du Doliprane en cas de plaintes pour des maux.

- Episode de Clara : crise d’angoisse, d’évanouissement, mal de cheville. « Lard ou cochon ? », le médecin consulte le jour même Clara et lui prescrit une crème apaisante etc… pour calmer sa douleur.

 

25 décembre

- Bonne Nouvelle de la journée, du séjour : la neige tombe et se maintient ; elle tiendra jusqu’à la fin !

- 18H : Réunion conviviale avec l’ensemble des vacanciers de façon à connaître leurs attentes, à les faire participer au séjour, à les rendre acteurs et responsables du bon déroulement de leur séjour. Jaillissent d’eux même autant d’idées et de souhaits d’activités ; un bon brainstorming dont nous tiendrons compte par la suite.

- Sandra poursuit l’épisode d’hier ; plaintive, fatiguée, des maux qu’elle s’invente, bref, elle donne l’impression que, sans cesse, le monde est ligué contre elle ; par la suite, après quelques temps d’observation, nous comprendrons que ce comportement n’est pas inhérent au séjour en lui-même ni à nous, mais à un phénomène qui nous est indéfinissable qui se passe en elle… comme si subitement son corps s’envahissait de « démons » ; d’ailleurs, dans les paroles qu’elle débite dans ces circonstances, tout à laisse à penser qu’elle ne se contrôle plus, mais que c’est véritablement une sorte de « démon » intérieur qui la gêne (elle le dit !) et qui la rend agressive, qui monopolise son énergie en tentant de s’en défaire… en fait, certes agressive, elle cherche en fait à fuir ce phénomène intérieur qui la détruit, la hante… dans de telles circonstances, nous avons compris la leçon, il faut la laisser dans « ses délires » psychiatriques ; nous ne sommes pas formés pour agir ! Pourtant, au  coucher, elle refuse toujours ses cachets ; nous ne savons que faire ; nous tentons de nouveau le SAMU… qui me renvoie sur le médecin de garde du coin avec qui nous avons déjà eu à faire. Sans certitude, il établit des hypothèses quant aux possibles médicaments du coucher à partir de l’ordonnance que je lui détaille par téléphone : constipation, nerf, épilepsie… Il n’aura pas accepté de passer l’examiner comme me l’y avait invité le SAMU ; Bref, tous les jours, Sandra nous offre une petite surprise : bonne ou mauvaise. De tempérament discrète, il ne faut pas la brusquer mais la laisser venir à nous… c’est ainsi qu’avec j’ai réussi à instaurer une relation diplomate qui nous vaudra de bonnes parties de rigolades sur le séjour ; elle a de l’humour, chante et sourit : c’est tout bénéf ! Victoire !

- Natacha au moment du dîner pleure, ne mange pas… Je tente alors de la rassurer ; à la suite de quoi elle me confie qu’elle a mal à l’estomac ; qu’elle n’arrive pas à digérer… finalement, je parviens à l’emmener manger dans la solitude ; c’est là qu’elle s’exprime davantage et plus aisément. Victoire ? Non ! Puisqu’en réalité elle finit par me dire que c’est le bruit qui la dérange (ce que me confirmera sa mère le soir même par téléphone, me précisant qu’au repas, il serait bon de la placer dans un coin par exemple, lui permettant alors de s’isoler « un peu » du bruit. )

Pour précision, sa mère comme son foyer m’avaient tout deux prévenue de la situation particulière de Natacha : 1er séjour ; 1er Noël hors famille ; placement depuis peu en foyer… L’explication de la mère ayant été qu’elle souhaitait que Natacha « grandisse » (elle a 30 ans) ; prenne assurance et indépendance ; qu’elle coupe un peu le cordon ombilical qui la lie à sa mère depuis ces 30 années d’existence. En fait, Natacha a toujours été très choyée par sa mère ; résultat, elle vit cette rupture comme une punition (du moins au début) et donc à du mal accepter ce séjour. Après multiples tentatives, je parviens à lui « voler » quelques petits sourires ; de compréhension… d’ailleurs, au fur et à mesure du déroulement du séjour nous avons vu nette progression dans son état d’esprit, dans son ouverture sur les autres ! Elle s’est superbement épanouie !

 

26 décembre

- Prise de contact avec le foyer d’Nathan concernant son état perpétuel plaintif. Selon ce dernier, Nathan fait cela pour que l’on s’occupe de lui ; Nathan a besoin d’être stimulé ;

- Renaud quant-à lui, habituellement plutôt débrouillard, se sent nauséeux ; j’appelle le médecin qui me dit passer dans l’après midi. L’organisation principale ainsi que son foyer sont prévenus.

- Ce matin, comme convenu la veille au soir, la mère de Natacha, visiblement soucieuse de sa fille, appelle ; surprise… Natacha parle et dévoile à sa mère tout ce qu’elle a sur le cœur concernant le séjour, les vacanciers… disant que « ce sont tous des fous ici ! ». Elle répète avec instance des « Je veux rentrer ! S’il te plaît » auprès de la mère. Bref, on sent bien son anxiété, son angoisse, son malaise. Pourtant, durant la journée nous avons pu noter une très nette amélioration.

 

27 décembre

Thomas donne ses premiers signes d’anxiété ; il dit avoir mal à l’estomac ; dit ne pas avoir faim ; de ne pas parvenir à manger. J’appelle alors le médecin qui passera le lendemain.  

 

28 décembre

- Episode Vanessa : depuis le début du séjour, Vanessa n’a pas de cigarettes ni argent de poche alors qu’elle nous en réclame sans arrêt ; son HP visiblement, selon ses dires, lui ayant dit qu’ils lui auraient viré une certaine somme. Résultat, elle « emprunte », de gré ou plus ou moins de force, sans vergogne aux autres vacanciers. De part son trait de caractère relevant du domaine psychiatrique, nous ne pouvions la forcer à ne pas fumer ; elle en avait besoin… c’est un moyen de fuite et d’oubli ! Nous ne pouvions non plus lui avancer l’argent de poche sans avoir la certitude qu’elle en avait au risque de prendre sur notre argent personnel ; par conséquent, elle avait un comportement odieux pour l’ensemble de la collectivité. Il a donc fallu gérer avec ce qui n’a pas été pas une masse à subir…

Enfin tout de même, aujourd’hui même, ce soir, je reçois un fax de confirmation de l’organisation concernant son argent de poche. Pour la première fois depuis Noël, elle esquissa un petit sourire de reconnaissance. Pourtant, les choses se gâtent au moment du dîner lorsqu’elle décrète qu’elle n’a pas besoin de son Valium ! Et là, rien à faire… excepté prendre contact avec le SAMU, le médecin, son psychiatre (impossible à avoir au bout du fil !) ainsi que son foyer ; ce qui fut chose faite… même si jusqu’à la fin du séjour, elle nous fît la même scène tous les soirs ! Nos diverses tentatives de raisonnement échouent. Vanessa s’entête et monte en force, au milieu des vacanciers… ce qui n’est pas sans créer un mouvement d’angoisse, même sans réellement en avoir l’air, chez les autres vacanciers. Du reste, elle refuse que nous nous isolions pour « régler » cette affaire à comité réduit. Les insultes s’enchaînent… Je craque ! Elle pense avoir gagné, mais ne sait pas ce qui l’attend ; l’incident paraissant clos (je dis bien, paraissant !) le groupe finit son repas tranquillement.

 

29 décembre

Durant notre excursion en Suisse, Clara, après vomissements successifs dans la journée, fait connaissance avec les urgences suisse : attente, observation, prescription gastro.

En rentrant, dans la voiture, elle nous fait des « pertes de connaissance » de façon répétées et inquiétantes ; SAMU puis, hôpital le plus proche.

Une nuit agitée… retour au centre sur les coups de 3H30 le lendemain matin…

 

30 décembre

De nouveau, le médecin (un autre) intervient pour Clara ; il confirme l’état de gastro prescrit par la suisse. Il nous met en garde contre sa déshydratation ; il nous demande de reprendre contact avec le SAMU le lendemain si aucune évolution n’est établit. Ce que nous fîmes !

 

31 décembre

Je passe ma matinée au téléphone pour tenter de trouver un médecin. Un 31 décembre, ce n’est pas une masse à faire… plusieurs hypothèses même sont envisagées, sachant que nous devions nous rendre à Lons pour notre dernière excursion. Finalement, je parviens à avoir les Urgences ; une ambulance vient la chercher ; un animateur l’accompagne il est alors 12H ; nous le récupérerons à 14H avec le car pour aller à Lons.

A 14H, un autre animateur reste avec nos grands malades que le médecin examinera dans l’après midi (François, Xavier, Nathan, Renaud). Il conclue finalement à une épidémie de gastro ; et nous met en garde pour les 2 jours qui nous ! Le convoyage retour promet bien des choses…